Bannière promotionnelle de Pédago au Montréal Fringe 2026, affiche du spectacle et logo du festival

« Pédago » au Fringe : seule en scène, elle fait rire et chanter

Par Stevy Turmel

Entre satire mordante et émotion brute

Anne-Sophie Maguire Armand a été dirigée par Denise Filiatrault, a chanté dans La Cage aux folles, a joué à la télé dans Moi et l’autre et Vice Caché. Puis elle a disparu dans le système scolaire québécois pendant vingt ans. Directrice d’école. Plans d’intervention. Réunions de parents. Le quotidien.

Elle est revenue.

« Pédago » , c’est le spectacle d’une femme qui a vécu deux carrières complètes et qui les fusionne en soixante-quinze minutes de cabaret solo. Écrit avec la metteuse en scène Aurélie Fortin, le texte transforme l’école en univers théâtral total : une dizaine de personnages, des passages chantés, des monologues qui oscillent entre la satire mordante et le coup de poing au plexus.

Dans PÉDAGO, Anne-Sophie Maguire Armand s’empare du milieu de l’éducation, qu’elle connaît intimement, et en fait son terrain de jeu. Au son de la cloche, installez-vous à votre pupitre et laissez-vous transporter par ce cabaret solo singulier, à la fois sensible et déjanté.

Affiche du spectacle Pédago avec Anne-Sophie Maguire Armand souriante en chemise blanche, cabaret solo sur l'éducation au Fringe de Montréal 2026

L’intercom comme machine à voyager dans le temps

En fait, le dispositif est simple et diablement efficace. Un intercom scolaire découpe le spectacle en segments, ses annonces tantôt absurdes, tantôt tendres, fonctionnant comme des cloches de récréation entre les mondes. Chaque grésillement amène un nouveau personnage, un nouveau registre, un nouveau vertige.

Il y a la conférencière de motivation qui exhorte le personnel enseignant à garder la flamme malgré les quatre cents diagnostics de TDAH sur leur bureau (« Ça va être correct ! Éducation ! »). On croise aussi le prof d’histoire au bout du rouleau, qui sort des dessins animés des années 70-80 en doublant les voix pour vulgariser la Révolution tranquille devant une classe qui ne lève même pas les yeux. Et puis la directrice d’école, assiégée par une avalanche de demandes parentales : du matelas en classe pour un enfant constipé au partenariat avec une ferme bio dans les Cantons-de-l’Est. Incapable de manger son vulgaire sandwich au thon.

C’est drôle. Méchamment drôle, même, parce que Maguire Armand connaît ce monde-là de l’intérieur. Vingt ans comme directrice d’école publique au CSSDM, ça ne s’invente pas. Chaque réplique sonne comme un souvenir de corridor.

Cendrillon ne va pas bien

Puis arrive la suppléante.

Elle débarque dans une classe, ne sait pas trop quoi faire, et décide de raconter Cendrillon. Sauf que son Cendrillon à elle, c’est un beau-père qui vient dans sa chambre le soir « pour se faire pardonner », des « vitamines de bonheur » pour oublier, la rue, le froid. Le conte se déforme sous le poids du réel, les métaphores enfantines deviennent des euphémismes glaçants. Les enfants (imaginaires) ne comprennent pas. Le public, lui, comprend tout.

C’est là que « Pédago » révèle sa véritable ambition. Ce n’est pas un show sur l’école. C’est un spectacle sur tout ce que l’école contient : les traumatismes qu’on y transporte, les inégalités qu’on y reproduit, la beauté qu’on y cherche malgré tout. Le monologue d’un nouveau-né conscient, terrifié par le poids des attentes parentales qu’il lit dans les yeux de ses parents, enfonce le clou avec une délicatesse inattendue.

Dix personnages, une soprano

Ce qui frappe, c’est la palette. L’adolescente accrochée à ses écrans, convaincue d’être future micro-influenceuse. Un pré-ado qui relaye des discours misogynes. La femme d’affaires sans enfants qui observe les petit·es de la cour d’école en fantasmant sur leur collagène. L’enseignante qui annonce son divorce à ses amies via un PowerPoint avec quiz à choix multiples et pause collation (crudités, hummus, « un berlingot de vin »). Elle n’habite pas le même univers que la voix poétique qui récite que « l’apprentissage est une arme contre ce qui est laid sur cette terre ».

Maguire Armand passe d’un personnage à l’autre avec pour seuls outils son corps, sa voix et la lumière. Et quelle voix. Formée comme soprano au Cégep de Saint-Hyacinthe, elle chante véritablement sur scène. Elle navigue entre comédie musicale et jazz avec aisance, avant de culminer dans un final lyrique. L’opéra vient alors envelopper la salle, après une heure de montagnes russes.
Enfin, on respire.

L’école comme miroir

Il n’y a pas d’histoire linéaire dans « Pédago ». Pas d’intrigue, pas de dénouement. Ce que le texte co-signé avec Aurélie Fortin propose, c’est une mosaïque : des personnages qui incarnent plusieurs façons dont l’humain échoue, souffre ou se cherche. L’arc qui les relie finit par émerger dans le monologue de fermeture : la méchanceté vient de l’ignorance, l’apprentissage est une arme contre ce qui est laid sur cette terre. L’école, malgré tout ce qui est brisé dedans, reste la seule réponse viable.

Les transitions par intercom donnent un rythme de variétés tout en maintenant ce fil. Chaque personnage est un monde complet, pas un sketch jetable. Le seul endroit où le spectacle tire un peu sur ses coutures : la densité des registres. Par exemple, quand on passe du monologue sur les abus à un numéro comique sur le divorce, le recalibrage émotionnel est parfois serré.

N’empêche. « Pédago », c’est le retour sur scène d’une artiste qui a passé deux décennies à observer l’humain dans ce qu’il a de plus brut : une école. Elle en a tiré quelque chose de plus précieux qu’un bilan de compétences.

Informations pratiques :

Titre : Pédago
Texte : Aurélie Fortin et Anne-Sophie Maguire Armand
Mise en scène : Aurélie Fortin
Interprétation : Anne-Sophie Maguire Armand
Durée : Environ 75 min.
En savoir plus : Montréal Fringe

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