La chaise de patio sortie le 2 avril n’est pas de la naïveté, c’est de la résistance
Il y a un signe infaillible du printemps au Québec.
Pas l’hirondelle. Non plus les crocus qui percent dans les plates-bandes. Et pas le premier jour où tu sors sans manteau et tu le regrettes vingt minutes plus tard, humilié·e par une bise de 4 degrés.
La chaise de patio sortie trop tôt.
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La déclaration d’intention
Le 2 avril. La température frôle les 5 degrés. Il reste encore un fond de neige dans les coins des cours et contre les clôtures. Et là (là) les chaises de plastique apparaissent. Déposées avec une confiance absolue sur les terrasses encore humides.
Comme une déclaration d’intention adressée directement à l’hiver.
Quelqu’un·e s’y assoira. Peut-être pas aujourd’hui. Peut-être demain si le soleil tient. Mais peut-être avec un manteau, une tuque, et les deux mains serrées sur un café brûlant qu’on boit à la vitesse d’un médicament avant que le froid ne refroidisse la tasse.
Mais on sera dehors.
C’est décidé.
Ce que ce geste dit vraiment
On pourrait lire la chaise sortie trop tôt comme de l’optimisme naïf.
Comme le déni saisonnier d’une population qui refuse de lire le thermomètre.
Ce serait rater quelque chose.
La chaise sortie trop tôt dit : je refuse d’attendre que les conditions soient parfaites pour prendre ma place. Je décide que c’est le printemps parce que j’en ai besoin, pas parce que la météo m’y autorise. Je place mon corps dans l’espace avant que l’espace soit prêt à me l’offrir.
Un acte de volonté contre la géographie. Un geste qui refuse de laisser le climat avoir le dernier mot sur le calendrier émotionnel.
Des chercheur·se·s en psychologie environnementale ont documenté les restorative environments, les espaces qui restaurent l’énergie cognitive épuisée par l’hiver, le travail, le confinement. Une étude portant sur 20 000 personnes a trouvé que ceux·celles qui passent deux heures par semaine dans des espaces verts rapportent une meilleure santé et un bien-être psychologique significativement supérieur. La chaise de patio n’est pas une lubie. C’est une prescription que le corps s’auto-administre dès que la lumière change.
La persévérance de la chaise
Parfois il reneige dessus. Pas beaucoup. Juste assez pour rappeler que l’hiver a encore des droits.
On rentre la chaise. On la ressort une semaine plus tard. On la rentre encore si nécessaire. On la ressort encore.
La chaise est plus persévérante que l’hiver. Elle gagne toujours. Pas vite. Mais toujours.
La psychologie comportementale parle de behavioral activation, l’idée qu’agir comme si l’état désiré était déjà présent peut contribuer à créer cet état. On ne sort pas la chaise parce que c’est le printemps. On sort la chaise pour que ce soit le printemps. Le geste précède le sentiment. L’intention crée les conditions.
Une leçon dans le plastique vert
Il y a quelque chose dans cette chaise de plastique vert sur le bord d’une cour encore enneigée.
Une leçon sur la différence entre attendre les bonnes conditions et décider que les conditions présentes sont suffisantes. Sur le fait de prendre sa place avant qu’on te la donne. Sur la ténacité tranquille qui ne fait pas de discours et sort juste la chaise.
La chaise mérite le printemps.
Elle l’aura.
Elle l’a toujours eu.
Pour aller plus loin :
- Matthew White et al., Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing, Scientific Reports, 2019, Lire l’article
- American Psychological Association, Nurtured by nature, Monitor on Psychology, avril 2020, Lire l’article
- Yale Environment 360, Ecopsychology: How Immersion in Nature Benefits Your Health, Lire l’article


