Bannière du spectacle Le Voyage de Monsieur MOH au Fringe de Montréal 2026 avec Jérôme Plumer en chapeau melon faisant un geste de silence

« Le Voyage de Monsieur MOH » : quand un clown laisse le public écrire sa thérapie

Par Stevy Turmel

Clown, marionnette géante et impro avec le public

Un homme entre sur scène sans numéro. Pas de set list, pas de script appris par cœur, pas de filet. Il s’appelle Moe, il a le trac, et tout ce qu’il a pour survivre aux soixante prochaines minutes, c’est nous.

« Le Voyage de Monsieur MOH », présenté au Fringe de Montréal 2026 à la Mission Santa Cruz, est le genre de spectacle qu’on n’arrive pas à ranger dans une case. Mime, clown, conte, marionnettes, poésie improvisée : Jérôme Plumer joue tous les personnages, et il les joue avec une précision qui donne le vertige. Surtout quand on réalise qu’il invente la moitié du show en direct, à partir de ce que le public lui donne.

Monsieur MOH vous invite dans son voyage interactif et plein de surprises.
Où se mêle mime, clown, conte, marionnettes & autre poésie spontanée.
Tour à tour choyé ou défié, le public est invité à prendre part à l’histoire.
Gagnant 2025 de Hochelag’a du Talent.

Jérôme Plumer dans Le Voyage de Monsieur MOH au Fringe de Montréal 2026

Un cabaret qui se construit en temps réel

L’histoire commence doucement. Moe, un monsieur « comme tous », brise sa routine et pousse la porte d’un cabaret tenu par Michel, un animateur exubérant, vaguement contrôlant, profondément attachant. Michel essaie de présenter Moe au public. Le problème : Moe ne sait même pas ce qu’il est, ce qu’il fait. Mime ? Ventriloque ? Marionnettiste ? La scène est drôle, mais elle installe quelque chose de plus large. Ce spectacle va parler de ce qu’on fait quand on ne sait pas qui on est.

Et c’est là que ça bascule. Plumer sort une deuxième marionnette de papier, la « Fée Pastis », et lance un conte de fées qui déraille joyeusement vers le chaos. Le méchant de l’histoire a « une tête de poisson, une tête de cochon » et, inévitablement, « une tête de con ». Moe engueule sa marionnette qui elle engueule sa propre petite marionnette. Les enfants rient. Les adultes aussi, mais pas pour les mêmes raisons.

Les souvenirs du public deviennent le spectacle

Le cœur du Voyage, c’est l’impro avec la salle. Moe demande aux spectatrices et spectateurs de lui parler de leurs toutous d’enfance. De leurs bêtises d’adolescent·es. Et il ne fait pas semblant d’écouter : il prend chaque réponse et la tisse dans son histoire.

Un homme dans la salle accepte de jouer son toutou perdu, avec une tête de Panda. Moe le serre dans ses bras, et soudainement la salle entière est dans un souvenir d’enfance qui n’appartient à personne et à tout le monde en même temps. Un spectateur raconte qu’il s’échappait la nuit par la fenêtre du sous-sol. Moe en fait une scène complète, sur-le-champ, avec des détails qu’il invente à mesure. Les enfants dans la salle sont captivés (et les parents aussi, pour des raisons légèrement différentes).

C’est rare, un artiste qui réussit à rendre l’impro aussi organique. Ça ne sent jamais le procédé. Ça sent le vrai.

La part sombre sous le cabaret

Mais le spectacle ne reste pas dans le doux. Arrive le « Boss », un alter ego tyrannique qui surgit pour reprendre le contrôle. « L’air que vous respirez, c’est le mien. » Moe se retrouve enfermé dans un sous-sol mental, confronté à sa colère refoulée, celle qu’il a cachée dans un placard d’enfance en espérant qu’elle disparaisse. Spoiler : elle n’a pas disparu. Elle a grandi.

C’est là que la marionnette géante entre en jeu, et c’est là que le spectacle passe d’agréable à marquant. Plumer ne fait pas que divertir. Il met en scène, physiquement, ce que ça coûte de nier une partie de soi pendant des années. La colère, devenue énorme, veut être vue. Reconnue. Pas détruite.

Moe ne gagne pas en la combattant. Il gagne en l’intégrant.

Pourquoi y aller (et avec qui)

Gagnant de Hochelag’a du Talent 2025, coaché par René Bazinet, porté par la musique live d’Emilie Nicholson, « Le Voyage de Monsieur MOH » est un spectacle pour les familles et aussi pour les adultes qui ont oublié ce que c’est, être vulnérable devant des inconnu·es. Les enfants adorent les marionnettes et le chaos. Les adultes reçoivent autre chose : une permission tranquille de se souvenir d’avoir un cœur d’enfant.

Informations pratiques :

Titre : LE VOYAGE DE MONSIEUR MOH
Durée : Environ 60 min.
Idée originale : Jérôme Plumer
Écriture et mise en scène : Jérôme Plumer et Guilhem Buccola
Production : Jérôme Plumer et Guilhem Buccola
Musique Live : Emilie Nicholson
Coaching : René Bazinet
En savoir plus : Montréal Fringe @monsieurmoh.jeromeplumer

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